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La première marche

Les peptides augmentent-ils le risque de cancer ?

Le même mot couvre un médicament suivi sur des milliers de patients et un flacon vendu « pour la recherche » : le risque se lit une substance à la fois


0. Un mot qui couvre trop de choses

Sous une vidéo, on lit que « les peptides donnent le cancer » ; sous une autre, qu’ils sont naturels et qu’ils réparent tout, deux phrases qui ont la même grammaire. Elles parlent d’une famille de molécules comme d’une seule substance, et c’est ce qui les met hors de portée de toute vérification.

Un peptide est une courte chaîne d’acides aminés (Renke et Chinellato 2026). La revue publiée en 2026 par Guilherme Renke et Lucas Chinellato range sous ce mot le sémaglutide, approuvé dans le monde entier contre le diabète de type 2 et l’obésité, le BPC-157, resté sans autorisation, et le GHK-Cu des crèmes de soin (Renke et Chinellato 2026). Ces molécules, pourtant, visent des récepteurs différents, et elles ont été étudiées avec des moyens sans commune mesure (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026).

Est-ce que celui qui écrit « les peptides » sait lui-même de laquelle il parle ? Tant que sa phrase tait la molécule, elle échappe à toute vérification. Autrement dit, la question de sa vérité vient après celle de son objet.

La forme faible de l’inquiétude accuse la classe entière, et elle s’écarte sans effort. Sa forme forte se trouve dans la littérature médicale elle-même : en 2010, l’American Diabetes Association et l’American Cancer Society ont publié un rapport de consensus, rédigé par un groupe que codirigeaient Edward Giovannucci et David Harlan (Giovannucci et al. 2010). Le rapport de Giovannucci et Harlan rappelle que la plupart des cellules cancéreuses portent des récepteurs à l’insuline et à l’IGF-I, dont l’activation peut favoriser leur prolifération, leur survie, leur invasion et leurs métastases (Giovannucci et al. 2010).

Une substance qui active cette voie, chez une personne qui porte déjà des cellules transformées sans le savoir, pourrait donc accélérer ce qui est là. Une cohorte longue qui manque, en outre, laisse l’innocuité à démontrer. Un collectif réuni en 2015 par une organisation canadienne sans but lucratif, et signé par William Goodson et 172 coauteurs, va plus loin (Goodson et al. 2015). Selon lui, un produit sans effet cancérogène propre peut contribuer à un cancer en présence d’autres agents, par exemple en affaiblissant la surveillance immunitaire (Goodson et al. 2015).

Cette question touche la santé de personnes réelles, et certaines prendront peut-être une décision après lecture. L’examen porte donc sur ce que la littérature établit du risque de cancer, avec la portée de chaque source. Il laisse toute décision au lecteur et à son médecin : le texte ne donne aucune dose comme conseil ou comme protocole, ne recommande ni de commencer ni d’arrêter un produit, et les doses chiffrées qui y figurent sont celles des études, rapportées pour interpréter leurs résultats. Les risques digestifs ou cardiaques restent hors de l’examen.


1. Les molécules sur lesquelles un signal existe

Parmi les familles de peptides que vise l’inquiétude, les agonistes du récepteur du GLP-1, dont le liraglutide et le sémaglutide, ont de loin le dossier humain le plus large, à une échelle où des cancers se comptent (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Ce sont des médicaments prescrits, et leurs essais ont réuni des milliers de patients pendant plusieurs années (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Ces essais, cependant, visaient une autre question (Knudsen et Lau 2019). Les autorités exigeaient des nouveaux traitements du diabète la preuve de leur sécurité cardiovasculaire, et c’est elle que les plus grands essais mesurent (Knudsen et Lau 2019).

L’essai LEADER, publié en 2016 par Steven Marso et ses coauteurs, a tiré au sort 9 340 patients diabétiques à haut risque cardiovasculaire (Marso, Daniels, et al. 2016). Une moitié a reçu jusqu’à 1,8 mg de liraglutide par jour, ou la dose maximale tolérée, en injection sous la peau, l’autre un placebo, et le suivi médian a duré 3,8 ans (Marso, Daniels, et al. 2016). Les tumeurs malignes, toutes localisations confondues, ont touché 296 patients sous liraglutide, soit 6,3 %, contre 279 sous placebo, soit 6,0 %, un écart non significatif (Marso, Daniels, et al. 2016).

Le détail par organe est plus irrégulier : le cancer du pancréas compte 13 cas sous liraglutide et 5 sous placebo, avec une valeur p de 0,06, alors que le cancer de la prostate en compte 26 contre 47, et la leucémie 5 contre 14 (Marso, Daniels, et al. 2016). Le cancer médullaire de la thyroïde, que les observations chez le rongeur faisaient surveiller, touche un seul patient, dans le groupe placebo (Marso, Daniels, et al. 2016). Marso et ses coauteurs écrivent eux-mêmes que des essais de ce type, malgré leur taille, manquent de la puissance voulue pour établir l’effet d’un médicament sur le cancer, et qu’ils « ne peuvent donc ni confirmer ni exclure une telle possibilité » (Marso, Daniels, et al. 2016).

Chez des adultes en surpoids ou obèses, sans diabète, l’essai STEP 1, publié en 2021 par John Wilding et ses coauteurs, a suivi 1 961 personnes pendant 68 semaines, sous 2,4 mg de sémaglutide par semaine ou sous placebo (Wilding et al. 2021). Les tumeurs malignes y touchent 14 personnes sur 1 306 traitées et 7 sur 655 sous placebo, soit 1,1 % de part et d’autre (Wilding et al. 2021).

Un cancer peut mettre des décennies à se développer (Song 2020). L’essai SELECT, publié en 2023 par Michael Lincoff et ses coauteurs, a suivi 17 604 patients pendant 39,8 mois en moyenne, à la même dose ; seul son résumé a pu être lu, et il est muet sur les cancers (Lincoff et al. 2023).

Le soupçon thyroïdien vient du rongeur, chez qui Lotte Bjerre Knudsen et Jesper Lau en décrivent le mécanisme en 2019 : les cellules C de la thyroïde, qui fabriquent la calcitonine, portent beaucoup de récepteurs du GLP-1, et leur stimulation par ces médicaments augmente la production de calcitonine, puis entraîne une hyperplasie et davantage d’adénomes (Knudsen et Lau 2019; Marso, Daniels, et al. 2016). Les auteurs de LEADER rapportent eux aussi davantage de tumeurs des cellules C chez les rongeurs traités au liraglutide (Knudsen et Lau 2019; Marso, Daniels, et al. 2016).

Chez le primate non humain, ces cellules sont moins nombreuses et restent sans réponse mesurable, et la thyroïde humaine porte ce récepteur en quantité faible ou indétectable (Knudsen et Lau 2019). Knudsen et Lau en concluent que les observations faites sur le rongeur ont une pertinence bien moindre pour l’humain (Knudsen et Lau 2019).

Les auteurs de cette conclusion ont un intérêt financier direct à ce qu’elle soit retenue, et le lecteur doit le savoir (Knudsen et Lau 2019). Les deux auteurs sont employés à plein temps et actionnaires de Novo Nordisk, l’entreprise qui a mis au point le liraglutide et le sémaglutide (Knudsen et Lau 2019). Leur conclusion peut être juste malgré leur intérêt. Il déplace la charge de la preuve vers une vérification indépendante.

Pour l’humain, les deux auteurs s’appuient sur une étude d’expression publiée en 2015 dans Modern Pathology et sur deux analyses de la calcitonine publiées en 2011 et 2018, restées hors de notre lecture (Knudsen et Lau 2019). La dose manque aussi : les sources lues taisent l’exposition, rapportée à celle d’un patient, à laquelle les tumeurs des rongeurs apparaissent.

Chez l’humain, un signal vient d’une étude française : Julien Bezin et ses coauteurs ont comparé, dans le système national des données de santé, 2 562 personnes diabétiques atteintes d’un cancer de la thyroïde à 45 184 témoins appariés sur l’âge, le sexe et l’ancienneté du diabète (Bezin et al. 2022).

D’après le résumé de l’article, une prise d’agoniste du GLP-1 pendant un à trois ans s’accompagne d’un risque accru de cancer de la thyroïde, avec un rapport de risque ajusté de 1,58 (intervalle de 1,27 à 1,95), et de cancer médullaire, avec 1,78 (de 1,04 à 3,05) (Bezin et al. 2022). Le texte intégral est resté fermé, si bien que les ajustements, les analyses de sensibilité et la discussion des biais par les auteurs sont inconnus ici.

D’autres signaux existent, et ils divergent (Marso, Daniels, et al. 2016; Knudsen et Lau 2019; Bezin et al. 2022; Winkelman et Levine 2026; Wilding et al. 2021). Naga Praneeth Raja et Nagapavani Kandagari résument en 2026 les méta-analyses d’essais randomisés : elles échouent à montrer une baisse significative du nombre total de cancers, et elles rapportent des signaux incohérents pour certains organes, dont la thyroïde et le côlon (Raja et Kandagari 2026). Seul leur résumé a été lu.

Le côlon a reçu en 2026 une revue entière, signée par Jeremy Winkelman et Matthew Levine, qui se déclarent libres de tout conflit d’intérêts (Winkelman et Levine 2026). Winkelman et Levine rapportent qu’une méta-analyse de 90 essais et de plus de 120 000 participants trouve pour le cancer colorectal un risque relatif de 1,13 (intervalle de 0,92 à 1,39), compatible avec l’absence d’effet (Winkelman et Levine 2026). Une autre méta-analyse, de 50 essais, trouve, à l’inverse, un excès de cancers colorectaux, avec un rapport de cotes de 1,27 (de 1,03 à 1,57) (Winkelman et Levine 2026).

L’excès est significatif seulement dans les essais de moins de 104 semaines, où il atteint 2,28, et il disparaît au-delà, à 1,20 (de 0,96 à 1,50) (Winkelman et Levine 2026). Ses auteurs l’attribuent à un biais de détection, les patients traités étant davantage examinés sur le plan digestif (Winkelman et Levine 2026). Les épidémiologistes connaissent ce piège (Vandenbroucke et al. 2007). Les recommandations STROBE, expliquées en 2007 par Jan Vandenbroucke et ses coauteurs, en donnent l’exemple type : un médicament qui cause une gêne gastrique fait faire plus de gastroscopies, et l’on découvre plus d’ulcères chez ceux qui le prennent, même sans en causer davantage (Vandenbroucke et al. 2007).

Le signal le plus long vient d’un registre danois suivi jusqu’à dix ans, qui compare ces traitements à une autre classe d’antidiabétiques : il trouve un excès modeste de cancers, toutes localisations, chez les utilisateurs de longue durée, avec un rapport de risque de 1,35 (de 1,05 à 1,73) (Winkelman et Levine 2026). Ses auteurs l’attribuent à un biais de survie, et l’étude signale un possible facteur de confusion lié au poids (Winkelman et Levine 2026).

En revanche, les grandes cohortes recensées par Winkelman et Levine trouvent le plus souvent une protection (Winkelman et Levine 2026). Dans l’une d’elles, qui porte sur 1 221 218 patients, le rapport de risque de cancer colorectal vaut 0,56 face à l’insuline (de 0,44 à 0,72) (Winkelman et Levine 2026). Ce résultat favorable exige le même examen des comparateurs et des biais que les signaux défavorables (Giovannucci et al. 2010).

Le rapport de consensus de 2010 observe que l’insuline est prescrite plus souvent aux patients dont le diabète est ancien ou compliqué d’autres maladies, et que ces facteurs ont rarement été pris en compte dans les études (Giovannucci et al. 2010). Comparer un traitement à l’insuline revient, par conséquent, à comparer des patients à d’autres patients, plus malades (Giovannucci et al. 2010). Winkelman et Levine concluent que ces traitements ont peu de chances d’augmenter de façon notable le risque de cancer colorectal, et qu’une surveillance de long terme reste nécessaire (Winkelman et Levine 2026).

Chez des personnes obèses non diabétiques, Elio Bitar et ses coauteurs ont comparé en 2026 662 013 utilisateurs de sémaglutide ou de tirzépatide à des patients opérés d’une chirurgie de l’obésité et à des utilisateurs d’autres traitements amaigrissants (Bitar et al. 2026). D’après le résumé, seul lu, la prise à dose thérapeutique s’accompagne de moins de cancers colorectaux face à la chirurgie, avec un rapport de 0,72, et de moins de cancers du pancréas, avec 0,63, alors qu’à dose quelconque les groupes se valent (Bitar et al. 2026).

Sur cette famille, l’hypothèse de départ tombe. Elle supposait que le maillon faible serait le passage du mécanisme au risque, faute de données humaines. Des données humaines existent, et elles portent un signal précis : thyroïdien chez le rongeur de façon nette, thyroïdien chez l’humain dans l’étude observationnelle de Bezin et ses coauteurs, connue ici par son résumé, colorectal dans des sens opposés selon les travaux que recensent Winkelman et Levine (Marso, Daniels, et al. 2016; Knudsen et Lau 2019; Bezin et al. 2022; Winkelman et Levine 2026; Wilding et al. 2021). Les essais randomisés, en revanche, sont trop courts et trop peu puissants pour trancher sur un cancer rare (Marso, Daniels, et al. 2016; Knudsen et Lau 2019; Bezin et al. 2022; Winkelman et Levine 2026; Wilding et al. 2021). Quel poids donner à une étude qui inquiète, quand les essais rassurent sans pouvoir trancher ?

Les peptides qui circulent hors prescription forment une autre liste (Dominikowski et al. 2026; Tewari et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Aleksander Dominikowski et ses coauteurs ont recensé en 2026 ceux qui agissent sur l’axe de l’hormone de croissance : analogues de la GHRH comme la sermoréline, la tésamoréline ou le CJC-1295, sécrétagogues comme l’ipamoréline ou le GHRP-6, analogues de l’IGF-1 comme le PEG-MGF ou l’IGF-1 LR3 (Dominikowski et al. 2026). Ils les classent en quatre niveaux de preuve (Dominikowski et al. 2026). Seule la tésamoréline atteint le premier, avec des essais randomisés dans une indication approuvée ; le CJC-1295 sans DAC, le PEG-MGF et l’IGF-1 LR3 occupent le dernier, faute de toute étude humaine publiée (Dominikowski et al. 2026).

Pour dix des onze produits du tableau, la colonne des risques porte une inquiétude oncologique théorique, liée au caractère mitogène de l’axe de l’hormone de croissance et de l’IGF-1, et pour sept d’entre eux elle ajoute qu’aucun signal cancérogène n’est établi en clinique (Dominikowski et al. 2026). Pour huit des onze produits, Dominikowski et ses coauteurs notent l’absence de toute donnée de sécurité à long terme, et pour les trois autres l’absence de toute étude humaine publiée (Dominikowski et al. 2026).

Les utilisateurs, notent Dominikowski et ses coauteurs, s’injectent des produits d’identité et de pureté incertaines, à des doses plus élevées et plus variables que dans les essais, souvent combinés à des stéroïdes anabolisants, et sur des durées qui dépassent celles des études disponibles (Dominikowski et al. 2026). De ce fait, ce que les essais ont mesuré s’applique mal à ces usagers (Dominikowski et al. 2026).

Kushagra Tewari et ses coauteurs ont examiné en 2026 six peptides de plus en plus prisés des patients et des sportifs, dont le BPC-157, le CJC-1295, l’ipamoréline et le GHK-Cu : dans leur revue, lue en entier, 67 % des publications portent sur des animaux, et les études humaines se réduisent à une poignée, le plus souvent sans contrôle solide (Tewari et al. 2026). Les deux listes divergent donc (Dominikowski et al. 2026; Tewari et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Le signal humain existe sur des médicaments prescrits et suivis, alors que les peptides vendus hors prescription restent sans étude humaine sur le cancer, donc sans signal comme sans réassurance (Dominikowski et al. 2026; Tewari et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). L’absence de signal vous rassure-t-elle, ou est-ce qu’elle vous dit seulement que personne n’a regardé ?


2. Du mécanisme au risque, un passage que la littérature nomme

La littérature traite le passage du mécanisme au risque comme un problème, et elle le nomme en séparant le danger du risque (Tarazona et al. 2017; Fedak et al. 2015; Song 2020). Jose Tarazona et ses coauteurs l’écrivent en 2017 à propos des pesticides : l’identification du danger établit ce qu’une substance peut produire selon le niveau d’exposition, alors que le risque, défini comme la probabilité et l’ampleur d’un effet nuisible, dépend des conditions d’usage (Tarazona et al. 2017). Le danger est une propriété de la substance, le risque celle d’une exposition (Tarazona et al. 2017).

L’exemple qu’ils traitent montre ce que la distinction change (Tarazona et al. 2017). En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le glyphosate comme cancérogène probable, ce qui est une conclusion sur le danger (Tarazona et al. 2017).

L’évaluation européenne a écarté tout danger cancérogène, et la réunion conjointe de la FAO et de l’OMS a conclu en 2016 qu’un effet cancérogène restait possible chez la souris à très forte dose, mais qu’un risque cancérogène pour l’humain exposé par l’alimentation était improbable (Tarazona et al. 2017). Par ailleurs, Tarazona et ses coauteurs travaillent pour l’Autorité européenne de sécurité des aliments et pour l’institut allemand d’évaluation des risques, donc pour l’une des parties au désaccord qu’ils exposent (Tarazona et al. 2017).

L’épidémiologie connaît le même problème sous un autre nom (Fedak et al. 2015). Les neuf « critères de Bradford Hill », proposés en 1965 pour passer d’une association observée à une cause, comptent la plausibilité biologique parmi eux, à côté de la force de l’association, de sa constance ou d’un gradient dose-effet (Fedak et al. 2015). Kristen Fedak et ses coauteurs rappellent en 2015 que ces critères ont été conçus comme des repères souples plutôt que comme une liste à cocher, et que leur auteur admettait lui-même que la plausibilité dépend de l’état des connaissances du moment (Fedak et al. 2015). Un mécanisme plausible est donc un critère parmi neuf, et les huit autres restent à examiner (Fedak et al. 2015).

Le sucre en offre un cas d’école (Song 2020). En 2020, la cohorte française NutriNet-Santé trouvait chez les plus gros consommateurs un risque global de cancer légèrement accru, avec un rapport de 1,17 (de 1,00 à 1,37), sur un suivi médian de 5,9 ans (Song 2020). Mingyang Song rappelait, toutefois, que les études antérieures étaient restées en majorité sans association, et il écrivait qu’une forte plausibilité biologique ne conduit pas nécessairement à des résultats positifs en épidémiologie (Song 2020). Il jugeait aussi le suivi court, pour un cancer qui peut mettre des décennies à se développer (Song 2020).

Le passage du mécanisme au risque est donc un problème reconnu, et chaque discipline qui le rencontre lui donne un nom : danger et risque en toxicologie, plausibilité biologique parmi d’autres critères en épidémiologie (Tarazona et al. 2017; Fedak et al. 2015; Song 2020). Pour un peptide, la question devient celle de l’exposition, c’est-à-dire de la dose, de la voie, de la personne et de la durée (Tarazona et al. 2017; Fedak et al. 2015; Song 2020). Quand une vidéo vous montre une voie de signalisation, est-ce qu’elle vous dit aussi la dose ?

Le mécanisme dit ce qu’une substance peut faire ; le risque dépend de l’exposition (Tarazona et al. 2017). Pour le glyphosate, le danger a été affirmé en 2015 (Tarazona et al. 2017) et le risque par l’alimentation jugé improbable en 2016 (Tarazona et al. 2017). Les deux conclusions ne se contredisent pas (Tarazona et al. 2017). Pour le GHK-Cu appliqué sur la peau, la case de l’exposition reste vide dans les sources lues, et le risque reste donc inévaluable.

Le test de symétrie, posé dans le papier sur les arguments pour l’islam, demande si un argument prouverait aussi bien la thèse d’en face. Appliqué ici, il demande si la voie de l’insuline et de l’IGF-1, invoquée contre les peptides de l’axe de l’hormone de croissance, est également activée par l’insuline, peptide utilisé en médecine depuis 1922 (Giovannucci et al. 2010; Renke et Chinellato 2026). Elle l’est (Giovannucci et al. 2010; Renke et Chinellato 2026). L’insuline, qui est un peptide, sert en médecine depuis 1922 (Renke et Chinellato 2026). Le rapport de consensus de 2010 rappelle que l’insuline injectée sous la peau produit dans la circulation des taux bien plus élevés que la sécrétion naturelle, et il juge incertain que cette différence ait un effet biologique sur les cellules malignes (Giovannucci et al. 2010).

La symétrie, pourtant, mord à moitié seulement (Giovannucci et al. 2010; Renke et Chinellato 2026). Le même rapport souligne que l’insuline glargine, un analogue à action prolongée, se lie au récepteur de l’IGF-1 avec une affinité bien plus forte que l’insuline humaine, et qu’elle a un pouvoir mitogène plus élevé (Giovannucci et al. 2010). Dans des lignées de cellules malignes, supprimer ce récepteur, et non celui de l’insuline, abolit la prolifération induite par la glargine (Giovannucci et al. 2010). L’activation d’une voie se juge donc sur pièces : elle dépend de la molécule, de son affinité et de la façon dont elle atteint le tissu (Giovannucci et al. 2010; Renke et Chinellato 2026).

Les données humaines sur la glargine montrent ce que coûte une telle question (Giovannucci et al. 2010). Un essai randomisé de cinq ans, comparant la glargine à une insuline intermédiaire chez environ 1 000 patients, a trouvé autant de cancers dans les deux groupes, mais sur de très petits nombres, 57 d’un côté et 62 de l’autre (Giovannucci et al. 2010). Le rapport de consensus en tire une position mesurée (Giovannucci et al. 2010). Il écrit que, pour le patient moyen, le risque de cancer devrait peser peu dans le choix d’un traitement du diabète, et que la question demande plus d’attention chez des patients à très haut risque de cancer (Giovannucci et al. 2010).


3. Ce qui existe, et ce qui manque

Les données disponibles se répartissent de façon inégale (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Pour les agonistes du GLP-1, il existe des essais randomisés de plusieurs milliers de patients, des méta-analyses de dizaines d’essais et des cohortes de plus d’un million de personnes (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Pour les peptides de l’axe de l’hormone de croissance, il existe des études humaines de phase I et II, courtes et tournées vers des critères hormonaux, et pour trois d’entre eux aucune étude humaine publiée (Dominikowski et al. 2026). Pour le GHK-Cu, il existe des études cellulaires, des études chez la souris et de petits essais cosmétiques (Pickart et Margolina 2018; Park et al. 2016; Ma et al. 2020; Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart 2008). Où situer une inquiétude quand la donnée humaine manque ?

Ce qui existe pour chaque famille de peptides, du laboratoire à l’humain (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Des trois familles examinées, seuls les agonistes du GLP-1 ont des essais et des cohortes où un cancer peut se compter (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Lincoff et al. 2023; Winkelman et Levine 2026; Dominikowski et al. 2026; Renke et Chinellato 2026). Pour les deux autres familles, la colonne des cohortes est vide dans les sources lues, ce qui décrit une recherche et non une absence établie.

L’absence de cohorte se rapporte avec sa portée. La campagne de ce journal, conduite le 7 septembre 2026, a posé neuf questions à six moteurs de recherche savants, à raison de deux requêtes booléennes par question ; elle a rendu 346 candidats, l’un des six moteurs ayant répondu par une erreur.

Trente-quatre sources ont été retenues : vingt-quatre ont été lues en entier, deux n’ont livré que la page de leur résumé, sept étaient accessibles par leur résumé seulement et une est restée fermée. Les sources lues sont muettes sur toute cohorte humaine qui suivrait le cancer sous un peptide de bien-être, et il peut en exister ailleurs.

Sur les huit sources que la campagne a retenues sur le GHK-Cu, quatre ont Loren Pickart pour premier auteur (Pickart 2008; Pickart et al. 2015; Pickart et Margolina 2018, 2021). Andrada Pintea et ses coauteurs attribuent en 2025 la première description du peptide à son équipe (Pintea et al. 2025).

Loren Pickart et Anna Margolina écrivent en 2018 qu’il a été découvert en 1973, et que sa concentration dans le plasma passe d’environ 200 ng/mL à 20 ans à 80 ng/mL à 60 ans (Pickart et Margolina 2018). Ils signent sous l’affiliation « R&D Skin Biology », à Bellevue, dans l’État de Washington, et se déclarent libres de tout conflit d’intérêts (Pickart et Margolina 2018).

Leur article consacre une section à la question qui nous occupe, posée dans leurs propres termes : toute substance qui active la croissance des cellules et le remodelage des tissus fait craindre qu’elle déclenche aussi un cancer (Pickart et Margolina 2018). Leur réponse tient en résultats de laboratoire (Pickart et Margolina 2018).

Dans une base de profils d’expression établie sur cinq lignées cancéreuses, le GHK fait partie des deux seules substances, sur 1 309, qui freinent l’expression de gènes associés aux métastases d’un cancer du côlon, à la concentration de 1 micromole par litre (Pickart et Margolina 2018). À des concentrations de 1 à 10 nanomoles par litre, rapportent-ils, il freine la croissance de lignées de neuroblastome et de lymphome humains, tout en stimulant celle de fibroblastes (Pickart et Margolina 2018).

Ces résultats ont la portée de leur modèle : ce sont des cellules en culture, exposées à des concentrations choisies par l’expérimentateur, et la seule expérience animale contre un cancer que l’article rapporte, sur le sarcome 180 de la souris avec un mélange de GHK-Cu et d’acide ascorbique, date de 1983 et est restée inédite jusqu’en 2014 (Pickart et Margolina 2018).

Dans le résumé d’un article de 2008, Pickart décrit le même peptide comme une molécule qui augmente la prolifération des fibroblastes et des kératinocytes et favorise la formation de vaisseaux (Pickart 2008). C’est le profil même qui fonde la forme forte de l’inquiétude. Les mêmes travaux qui le disent protecteur le disent donc stimulant (Pickart et Margolina 2018; Park et al. 2016; Ma et al. 2020; Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart 2008).

Les deux études animales retenues portent sur le poumon (Park et al. 2016; Ma et al. 2020). Jeong-Ran Park et ses coauteurs ont injecté en 2016 du GHK-Cu dans le péritoine de souris, à 1 ou 10 µg par gramme de poids, pendant trois jours, sur des groupes de sept, pour les protéger d’une inflammation pulmonaire provoquée (Park et al. 2016). Wen-hui Ma et ses coauteurs ont fait de même en 2020 contre une fibrose pulmonaire, à des doses de 0,2 à 20 µg par gramme, d’après le résumé, seul lu (Ma et al. 2020). Les deux trouvent un effet protecteur (Park et al. 2016; Ma et al. 2020). Les critères rapportés dans le texte entier de Park et dans le résumé de Ma, seul lu, ne portent pas sur les tumeurs (Park et al. 2016; Ma et al. 2020).

Les deux revues récentes laissent ce manque entier (Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart et Margolina 2018). Renke et Chinellato écrivent que le GHK-Cu est très sûr en application cutanée, que la voie générale reste hors de la clinique, et que les études animales le montrent sans toxicité notable (Renke et Chinellato 2026). Sur ces trois points, leur source est un article de 2015 signé par l’équipe qui a décrit le peptide la première (Renke et Chinellato 2026). Pintea et ses coauteurs décrivent ses effets sur la peau en citant l’article de Pickart de 2018, un article plus ancien cosigné par Pickart et des essais cosmétiques d’autres équipes, et ils passent sous silence le risque de cancer (Pintea et al. 2025; Pickart et Margolina 2018). Sur ce peptide, les deux revues indépendantes lues ici citent l’équipe de Pickart parmi leurs sources, à côté d’autres équipes (Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart et Margolina 2018).

Un article de 2021 de Pickart et Margolina porte sur la modulation de l’expression des gènes dans des cellules de cancer du sein et de la prostate, à partir d’une base de profils d’expression (Pickart et Margolina 2021). Ses auteurs y écrivent que ces données, prises seules, ne suffisent pas à conclure que le GHK puisse devenir un traitement du cancer (Pickart et Margolina 2021). Sur le GHK-Cu, le modèle et la portée de ce qui existe se disent donc : des lignées cellulaires, des souris pendant quelques jours, des essais cosmétiques de huit à douze semaines, et une littérature dont la moitié des sources retenues porte le nom de son découvreur (Pickart et Margolina 2018; Park et al. 2016; Ma et al. 2020; Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart 2008). Est-ce qu’une crème appliquée sur la peau expose les tissus aux concentrations testées en culture ? Les sources lues sont muettes sur cette exposition.


4. Ce que disent les autorités, et sur quoi

Les termes officiels rencontrés ici sont tous rapportés de seconde main, par des articles, et les documents d’agence sont restés fermés à la campagne. Le plus clair concerne le cœur (Knudsen et Lau 2019; Marso, Bain, et al. 2016; Marso, Daniels, et al. 2016; Nauck et al. 2021; Renke et Chinellato 2026; Dominikowski et al. 2026). LEADER, écrivent Knudsen et Lau, est un essai imposé par l’agence américaine du médicament après la mise sur le marché, dans le cadre de règles durcies à la suite d’un problème de sécurité cardiovasculaire posé par une autre classe d’antidiabétiques (Knudsen et Lau 2019). Le résumé de l’essai SUSTAIN-6, publié en 2016 par Steven Marso et ses coauteurs, ouvre sur la même exigence : établir la sécurité cardiovasculaire des nouveaux traitements du diabète (Marso, Bain, et al. 2016).

Sur le cancer, les textes lus rapportent une précaution (Knudsen et Lau 2019; Marso, Bain, et al. 2016; Marso, Daniels, et al. 2016; Nauck et al. 2021; Renke et Chinellato 2026; Dominikowski et al. 2026). LEADER excluait les patients ayant des antécédents personnels ou familiaux de néoplasie endocrinienne multiple de type 2 ou de cancer médullaire de la thyroïde (Marso, Daniels, et al. 2016). Michael Nauck et ses coauteurs écrivent en 2021 que les personnes exposées à ce cancer rare devraient être tenues à l’écart de ces traitements, et Renke et Chinellato font la même mise en garde (Nauck et al. 2021; Renke et Chinellato 2026). Une précaution de ce type dit qu’un doute persiste chez ceux qui auraient le plus à perdre, ce qui diffère d’un risque constaté (Tarazona et al. 2017; Fedak et al. 2015; Song 2020).

Pour les peptides vendus hors prescription, la liste de l’Agence mondiale antidopage et les décisions de l’agence américaine du médicament sont restées hors de la campagne. Les deux revues lues en rapportent des statuts, mais le résumé d’une liste officielle ne remplace pas la lecture de cette liste, et ces statuts ne sont pas repris ici.

Les textes lus rapportent que des autorités se sont prononcées sur ces peptides, mais les termes que la campagne a pu lire portent sur la sécurité cardiaque et sur des précautions, et ils sont rapportés de seconde main (Knudsen et Lau 2019; Marso, Bain, et al. 2016; Marso, Daniels, et al. 2016; Nauck et al. 2021; Renke et Chinellato 2026; Dominikowski et al. 2026). Que dit la notice de ces médicaments sur la thyroïde ? Les notices sont restées hors de la campagne, et la question reste ouverte. Une agence qui juge les données insuffisantes pour conclure laisse la question du risque ouverte (Tarazona et al. 2017; Fedak et al. 2015; Song 2020).


5. Qui a intérêt à quelle réponse

Les grands essais rassurants sur le cancer ont été financés par le fabricant du médicament (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Marso, Bain, et al. 2016). LEADER l’a été par Novo Nordisk et par les Instituts nationaux de la santé américains, STEP 1 et SUSTAIN-6 par Novo Nordisk seul (Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Marso, Bain, et al. 2016). La revue de Nauck et ses coauteurs, qui écrit que les grands essais cardiovasculaires ont réduit les craintes sur le pancréas et la thyroïde, s’appuie pour cela sur une méta-analyse de son propre groupe, et ses auteurs déclarent des liens avec les fabricants, dont Novo Nordisk (Nauck et al. 2021). Leur intérêt laisse le contenu à juger sur pièces.

La règle de la charge de la preuve, telle que le papier sur la condition à laquelle ce raisonnement tient l’a établie, s’applique ici sans complaisance. Quand celui qui affirme gagne à être cru et contrôle la production de la preuve, un résultat favorable produit par lui ne vaut pas validation indépendante, et la demande d’une vérification extérieure devient alors légitime. En revanche, une affirmation qui contrarie l’intérêt de celui qui la porte se juge sur pièces, comme les autres.

L’autre camp a aussi ses intérêts, et une lettre de 2009 les met à nu dans une controverse voisine (Nauck 2009). Elle répond à l’étude allemande de 2009 sur la glargine et le cancer (Nauck 2009).

Michael Nauck y écrit que plusieurs auteurs de cette étude, qui associait la glargine à un risque accru de cancer, sont employés par la plus grande caisse d’assurance maladie allemande ou par l’institut chargé d’évaluer le bénéfice des médicaments, deux institutions dont le rôle est de contenir les coûts, ce qui pourrait les prédisposer contre des analogues de l’insuline plus chers (Nauck 2009). La même lettre se termine par ses propres déclarations : des financements de recherche et des honoraires de Novo Nordisk, de Sanofi-Aventis et de onze autres entreprises pharmaceutiques (Nauck 2009).

Du côté des produits vendus hors prescription, la revue de Renke et Chinellato a été financée par Cellgenic, qui en a payé les frais de publication, et son premier auteur déclare recevoir de Cellgenic des fonds de recherche clinique (Renke et Chinellato 2026). Martins Ekor décrivait en 2014 un mécanisme commercial voisin pour les plantes médicinales : classées comme aliments ou compléments dans certains pays, elles peuvent être vendues sans preuve de qualité, d’efficacité ou de sécurité, et les stratégies de marketing de leurs fabricants ont nourri leur succès (Ekor 2014). Les peptides que Dominikowski et ses coauteurs décrivent, vendus « pour la recherche seulement », circulent eux aussi hors de la surveillance médicale ordinaire, sous une autre étiquette (Dominikowski et al. 2026).

L’intérêt à rassurer a déjà retardé des décisions de santé publique : Vladimír Bencko et ses coauteurs rappellent en 2020 qu’une estimation du risque cancérogène des émissions de diesel est restée vingt ans à l’agence américaine de l’environnement, bloquée par des objections dont une part, écrivent-ils, servait peut-être les fabricants de moteurs (Bencko et al. 2020).

L’intérêt à inquiéter, sous sa forme commerciale, celle des contenus qui vendent l’alarme, reste absent des sources lues. La campagne a donc documenté les intérêts de ceux qui produisent, financent ou évaluent, et laissé dans l’ombre ceux qui vendent la peur (Nauck 2009; Knudsen et Lau 2019; Renke et Chinellato 2026; Marso, Daniels, et al. 2016; Wilding et al. 2021; Bencko et al. 2020; Ekor 2014). Quand une source vous rassure ou vous alarme, est-ce que vous savez qui l’a payée ?


6. Quand l’inquiétude est bien réglée

La position inverse mérite la même rigueur (Goodson et al. 2015; Bencko et al. 2020; Dominikowski et al. 2026). Trois travaux lus, ceux de Goodson, de Bencko et de Dominikowski, tiennent l’inquiétude pour légitime avant toute preuve de risque (Goodson et al. 2015; Bencko et al. 2020; Dominikowski et al. 2026). Le collectif de Goodson a examiné 85 substances chimiques pour leur action sur les mécanismes du cancer (Goodson et al. 2015). Seules 13 montraient un seuil en dessous duquel l’effet disparaît, 50 agissaient à faible dose, et pour les 22 autres la relation entre dose et effet était inconnue (Goodson et al. 2015). Goodson et ses coauteurs en concluent que des substances non cancérogènes isolément pourraient, en s’additionnant, produire des synergies cancérogènes (Goodson et al. 2015).

Cette revue, la plus favorable à la précaution parmi celles qui ont été lues, s’interdit, pourtant, le saut que l’inquiétude ordinaire fait sans y penser (Goodson et al. 2015). Ses auteurs écrivent avoir décidé dès le départ de s’en tenir à chaque ligne de preuve séparément, et de s’abstenir de toute conclusion précise sur un mélange qui serait cancérogène (Goodson et al. 2015).

Dominikowski et ses coauteurs proposent pour les analogues de l’IGF-1 une formule qui tient les deux bouts : présenter le risque comme théorique, mais cliniquement pertinent, surtout en l’absence de données de sécurité à long terme (Dominikowski et al. 2026). Ils rappellent que les données épidémiologiques associant des taux élevés d’IGF-1 à plusieurs cancers sont invoquées à l’appui de cette prudence (Dominikowski et al. 2026).

Bencko et ses coauteurs défendent une position voisine (Bencko et al. 2020). Pour eux, l’évaluation du risque et le principe de précaution se complètent, et l’on choisit entre eux selon l’information disponible au moment de décider (Bencko et al. 2020). Ils rappellent que John Snow fit fermer la pompe de Broad Street pour arrêter une épidémie de choléra des années avant que Robert Koch identifie le bacille (Bencko et al. 2020). Ils expliquent aussi pourquoi, selon eux, l’épidémiologie classique a échoué sur une longue liste de cancérogènes suspects : des échantillons trop petits et des expositions mal mesurées, alors qu’il faut au moins mille cas et autant de témoins pour établir un lien quand l’exposition touche moins d’une personne sur dix (Bencko et al. 2020).

Appliquée aux peptides de l’axe de l’hormone de croissance, cette prudence repose sur une donnée, l’association épidémiologique entre IGF-1 et cancer, et sur un manque, l’absence de suivi (Goodson et al. 2015; Bencko et al. 2020; Dominikowski et al. 2026). Appliquée au mot « peptides » en général, elle perd son objet. L’inquiétude justement calibrée existe donc, chez Goodson, Bencko et Dominikowski : elle borne son objet et nomme l’incertitude qu’elle conserve (Goodson et al. 2015; Bencko et al. 2020; Dominikowski et al. 2026). Est-ce encore de la prudence, quand elle tait son objet ?


7. Ce qui est établi, substance par substance

Sur les agonistes du GLP-1, des données humaines existent. Les essais randomisés lus trouvent autant de cancers dans les deux groupes sur quelques années, et leurs auteurs les jugent trop peu puissants pour trancher ; l’étude cas-témoins française de Bezin et ses coauteurs, connue ici par son résumé, associe une prise d’un à trois ans à un risque accru de cancer de la thyroïde ; et les signaux colorectaux vont dans les deux sens selon les devis (Marso, Daniels, et al. 2016; Knudsen et Lau 2019; Bezin et al. 2022; Winkelman et Levine 2026; Wilding et al. 2021). Le mécanisme thyroïdien est établi chez le rongeur, et sa faible pertinence pour l’humain est affirmée par Knudsen et Lau, employés du fabricant (Knudsen et Lau 2019).

Sur les peptides vendus hors prescription, les sources lues sont muettes sur le cancer chez l’humain, dans un sens comme dans l’autre. L’inquiétude y repose sur un mécanisme, l’activation de l’axe de l’hormone de croissance et de l’IGF-1, que Dominikowski et ses coauteurs qualifient eux-mêmes de théorique (Dominikowski et al. 2026). Le GHK-Cu, lui, a des données cellulaires et animales courtes, produites pour moitié par son découvreur, et sans critère de cancer chez l’humain (Pickart et Margolina 2018; Park et al. 2016; Ma et al. 2020; Renke et Chinellato 2026; Pintea et al. 2025; Pickart 2008).

L’hypothèse de départ voyait le maillon faible dans le passage du mécanisme au risque, et elle tombe pour les agonistes du GLP-1, où la question est désormais celle de données humaines discordantes. Elle tient, sous une autre forme, pour les peptides de bien-être, où le maillon faible est une donnée absente plutôt qu’un raisonnement fautif.

Le papier sur la testostérone sépare de la même façon une mesure, une causalité et une intention, et il trouve que le maillon que tout le monde tient pour acquis est celui qui casse. Ici, ce que tout le monde tient pour acquis est l’objet lui-même. Tant qu’une affirmation sur les peptides tait sa substance, sa dose et sa voie, elle échappe à la confirmation comme à la réfutation.

Plusieurs pièces manquent, et elles se nomment pour qu’on les distingue d’une absence de risque : le texte intégral de l’étude française sur la thyroïde est resté fermé, comme les notices d’agence. La dose à laquelle les tumeurs apparaissent chez le rongeur, rapportée à celle d’un patient, manque dans toutes les sources lues, comme la concentration que le GHK-Cu atteint dans les tissus après application sur la peau.

Dès lors, devant un peptide précis, la première question porte sur la substance, la dose, la voie et la durée, et elle précède toutes les autres. Est-ce que la phrase qui vous inquiète, ou celle qui vous rassure, nomme ces quatre choses ? Le reste de la réponse appartient à un médecin et aux données qui existent sur cette substance-là.

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